Reconnaissez- vous les signaux faibles? Partie 1

Selon le vieil adage: “il n’y a pas de fumée sans feu”.

Il y a toujours des signaux qui sont détectables avant qu’une crise se déclare quelque soit l’environnement: on parle de signaux faibles.

Identifier les signaux faibles requiert une attention constante qui peut sembler complexe voire parfois superflue pour certains- qui changent d’avis quand l’inévitable crise voit le jour, c’est une question de temps.

Le plus souvent, les crises arrivent progressivement suite à un enchaînement de facteurs: rien n’arrive par hasard, il suffit de connaître la pyramide de Bird.

Pour mieux anticiper,  le repérage des signaux faibles doit vous mettre la puce à l’oreille pour vous permettre de jauger, anticiper et prévenir.

Ceux qui ont intégré le monitoring de signaux faibles et l’exposition liée à un risque acceptable ou non dans une réflexion stratégique plus globale sont ceux qui ont compris qu’il vaut mieux surfer sur la vague que se la prendre en pleine face.

L’exemple de la pharmacovigilance

Comme le dit non sans humour le professeur Philippe Even: “ il existe tellement d’étapes qu’entre le repérage d’un malade qui souffre d’un médicament et la décision, qu’ il faudrait au minimum deux ou trois ans pour interdire le cyanure ».

Il y a beaucoup à apprendre du système de surveillance des effets secondaires nocifs éventuels d’un médicament: la pharmacovigilance.

Savez- vous que la principale méthode est la déclaration spontanée des professionnels de santé ce qui en fait un facteur limitant important ? En France,  les effets secondaires des traitements sont d’ailleurs notoirement sous- notifiés.

Autant dire que le taux de notification n’est pas une vraie mesure du taux d’incidence ou du risque.

Deux procédures gagneraient à être mise en place pour améliorer ce suivi:

  • Sensibiliser les médecins à la déclaration des administrative des EI
  • Intégrer les patients dans des circuits post- AMM

Véritable drame humain et désastre sanitaire, prenez l’exemple du retrait du Benfluorex (Médiator) qui a été  un dossier révélateur sur le fonctionnement réel de la chaîne du médicament avec l’accumulation des fautes professionnelles de l’administration du médicament à tel point que l’alerte de cette affaire est venue de l’extérieur par des acteurs périphériques au système: de la revue Prescrire, du Dr Irène Franchon, de Catherine Hill et du Dr Alain Weil pour ce qui concerne de la dangerosité du médicament et de Flore Michelet et du Dr Gérard Bapt pour ce qui concerne l’impact en termes de mortalité.

Le rôle irremplaçable des lanceurs d’alerte: même la mission de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) a insisté sur le rôle essentiel des professionnels de santé et des patients qui doivent être davantage associés à ces démarches.

Par analogie de l’élève à replacer au centre du système éducatif, il conviendrait aussi de replacer le principal intéressé, le patient qui a la compétence de sa maladie,  de façon individuelle et collective,  au sein du système de santé publique.

De l’importance du feedback.

Ce n’est pas en renforçant la bureaucratie sanitaire que l’on se prémunit le mieux contre le risque.

Le procès au pénal ouvert en 2019 du Médiator (1974- 2009) médicament aux effets toxiques et qui est pourtant resté sur le marché pendant 33 ans à plus de cinq millions de personnes (alors que les autorités sanitaires étaient informées de sa dangerosité au moins dix ans avant son retrait). 

Combien de morts ces dix ans de sursis accordés auront- ils provoqués? La seule réalité humaine dramatique des personnes malades ou décédées est la seule qui peut être juge des débats.

Pour le profane qui tente de comprendre  comment on en est arrivé  là, c’est la profusion d’instances de contrôle qui aboutit à une multiplication et un enchevêtrement d’organisations où tout le monde s’occupe de tout et ne soit responsable de rien rendant in fine le système lent, peu réactif. Cela finit par donner l’illusion de la transparence des dossiers qui concourt à un aveuglement et un échec collectif et finalement s’est traduit par un dispositif de pharmacovigilance qui a failli à sa mission.

Suite…

 

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